Le remplacement de la Journée du dialogue national par une « consultation directe et plus resserrée » avec « plusieurs hautes personnalités et représentants des forces vives » relève pleinement de vos prérogatives constitutionnelles. Vous incarnez, aux termes de l’article 42 de la Constitution, l’unité nationale et le fonctionnement régulier des institutions.
Cependant, la véritable question n’est plus celle de votre droit à consulter. Elle est celle de votre capacité réelle à faire appliquer les conclusions qui pourraient découler de ces consultations.
Monsieur le Président, vous en avez la légitimité institutionnelle. Encore faut-il disposer des leviers politiques permettant de transformer les recommandations en actes.
Toute réforme nécessitant une traduction législative risque de se heurter à une majorité parlementaire qui donne désormais le sentiment de privilégier les ambitions présidentielles de son véritable centre de gravité politique plutôt que les priorités fondamentales des populations. Cette logique de fidélité politique absolue fragilise l’esprit même de représentation consacré par notre Constitution.
À cela s’ajoute un malaise perceptible au sommet de l’Exécutif. Votre choix de maintenir un fonctionnement marqué par des divergences publiques répétées avec votre Premier ministre entretient l’image d’un pouvoir exécutif traversé par des contradictions permanentes. Les prises de position dissonantes, les contre-agendas et certaines postures de défiance affaiblissent la cohérence de l’action de l’État et brouillent la lisibilité de l’autorité présidentielle.
Monsieur le Président, gouverner ne consiste pas seulement à réunir des acteurs autour d’une table. Gouverner, c’est aussi pouvoir engager les institutions, orienter sa majorité et arbitrer clairement les divergences au sommet de l’État.
Monsieur le Président, l’heure est désormais à la clarification.
Clarification des rapports entre la Présidence, la Primature et la majorité parlementaire, afin de garantir que les conclusions issues des consultations ne seront ni neutralisées ni modifiées ni soumises à des calculs partisans.
Clarification également du climat politique, à travers des actes d’apaisement capables de dissiper les perceptions d’intimidation visant certaines voix critiques de l’espace public.
Le pays n’attend pas une consultation symbolique de plus.
Il attend une autorité assumée, une cohérence institutionnelle et des garanties de stabilité autour de l’essentiel : la République, la Constitution et l’intérêt supérieur de la Nation.
Thierno Bocoum
Président AGIR-LES LEADERS