En 2005, j’ai failli mourir noyé. Seul. Je suis sorti de cette piscine par la grâce de Dieu.
Depuis ce jour, chaque journée supplémentaire est devenue un bonus.
Aujourd’hui 50 ans. Peut-être demain 100 ans comme le President Abdoulaye Wade. Peut-être pas mais cela importe finalement peu.
Après avoir regardé la mort en face, on apprend une chose : Vivre est déjà une victoire.
Alors je profite, je souris, je continue parce qu’Allah m’accorde encore ce privilège.
J’ai célébré mes 50 ans entouré d’une partie de ma famille, réunie à Thiès, dans une ambiance qui ressemblait à ce que la vie offre de plus précieux : des sourires sincères, des éclats de rire, des enfants qui jouent, des regards complices, des souvenirs qui se créent sous nos yeux.
Pendant ce demi-siècle, j’ai eu cette chance d’être entouré de valeurs solides, de principes forts, d’une éducation qui m’a permis d’avancer sans peur excessive du lendemain.
J’ai appris très tôt qu’il existe une richesse plus importante que toutes les autres : la paix intérieure.
Je me contente souvent de cette simple conviction :
« Alhamdoulilah Ala Kouli Haal »
Et je continue de croire profondément aux prières de nos anciens : « Yo Allah Surren »
Je prie, je pratique le sport, je reste proche des miens, j’aime mon pays, j’aime son peuple.
Peut-être qu’au fond, le bonheur commence simplement là.
J’ai eu le privilège d’être élevé par un administrateur civil, grand frère de mon père, qui m’a transmis quelque chose qui vaut davantage que tous les patrimoines : Le sens des responsabilités, le sens de l’honneur.
Il avait fixé une frontière invisible qu’il ne fallait jamais franchir : Rester digne.Toujours, quelles que soient les circonstances.
À ses côtés, il y avait Gogo, son épouse.
Cette femme exceptionnelle, celle qui nous a appris la bienveillance, le partage, la famille.
Une femme qui continue encore aujourd’hui de me couvrir de prières et d’affection.
Que Dieu lui prête longue vie et beaucoup de santé.
Mon père biologique était enseignant.
Il m’a transmis des leçons de vie qui continuent encore aujourd’hui de guider chacun de mes pas.
J’ai énormément appris de lui avant son départ.
Ma mère, que Dieu lui prête longue vie, a consacré sa vie aux femmes et au monde rural.
Économiste familiale, aujourd’hui encore consultante en genre et développement.
Son engagement total dans tout ce qu’elle entreprend a profondément façonné ma manière de regarder la société.
J’ai également cette immense chance d’être entouré d’une famille qui protège, qui encadre et qui transmet.
Des sœurs, des frères, des cousins, des cousines, une épouse, des enfants… autant de présences précieuses qui répondent toujours présents, en toutes circonstances, pour alléger les fardeaux et rendre les épreuves plus supportables.
Des petits frères et petites sœurs de nos parents qui gardent jalousement l’héritage reçu. Mak djitou, Khalé top. Kham ko done. Fonk sa bok ak sa ande diam. Djital sa ngor ak sa dignité.
J’ai eu la chance de croiser sur mon chemin des connaissances, des compagnons, des frères, des amis qui n’ont jamais abandonné. Dans les moments faciles comme dans les plus difficiles, ils sont restés là. Et lorsqu’on atteint 50 ans, on comprend une chose : les plus grandes richesses portent souvent des noms et des visages.
J’ai eu cette chance de naître dans un pays qui m’a tout donné. Ses terres m’ont vu grandir. Ses écoles m’ont formé. Ses peuples m’ont éduqué. Ses réalités m’ont forgé. Ses douleurs m’ont interpellé. Ses espoirs continuent de me faire avancer. Au fond, je lui dois tout.
Je suis né à Kaolack un certain 30 mai. La chaleur de ce mois au Saloum m’a accueilli sur terre.
Je me souviens qu’à mon enfance je portais des pull-overs en pleine chaleur. Il fallait me les confisquer pour que je me résigne à m’adapter.
Kaolack est ma fierté. C’est ma ville de naissance. La terre que je chérirais de toute ma vie.
La ville de Baye Niass est une partie de mon identité, une partie de mon histoire. Elle m’habite profondément.
Thiès, mon espoir
Je vis à Thiès avec ma famille. C’est mon chez-moi, un lieu devenu repère, refuge et ancrage dans le parcours de ma vie. À Thiès, où se trouve aussi la maison de mes parents, j’ai appris à me battre, à jouer au football entre Ngouille tékhé (grand thies) et Randouléne en passant par rond-point Normandie. J’ai connu Ndosso, Sangomar, Gandiol, cinéma amitié, cinéma palace…Thiès est dans mon cœur. Dans les cimetières de madocky y repose mon défunt fils. Thies nous donne de l’espoir. Elle bénéficie énormément d’opportunités à saisir et à exploiter.
Diourbel, ma passion
J’y ai fait mes premiers pas à l’école (école Mame Diarra Bousso). C’est aussi à Diourbel où j’ai eu mon Bac au lycée Technique Cheikh Ahmadou Bamba (LTAB). J’y ai joué au nawétane dans les équipes Déklé et yegoo.
C’est à Diourbel où reposent mes défunts pères, mes grands-parents, mes tantes et oncles, où se trouve la demeure de mes grands-parents paternels….
Diourbel est ma passion. Depuis mon enfance, j’ai toujours porté un rêve silencieux : Voir Diourbel changer de visage.
Fouta, mon inspiration
Séno Palel (Kanel-Matam) est le village de mon grand-père maternel Thierno Abdoul Karim Daff, un érudit qui a régné du temps des Almamys. Il y a construit une mosquée considérée comme la seconde construite en Afrique de l’Ouest après celle de Djenné au Mali. Une mosquée qui continue de résister au temps.
Fouta est mon inspiration. La dignité de sa population, la solidarité des familles, l’attachement aux valeurs de l’islam m’inspirent beaucoup et tous les jours.
Parcelles Assainies, mon repère
C’est aux Parcelles Assainies que Dakar m’a accueilli et hébergé.
C’est à l’école HLM Grand Médine que j’ai accompli un acte symbolique : mon premier vote, en 2000. Un geste simple en apparence mais chargé de sens, comme une première prise de responsabilité dans la cité.
C’est aussi au marché Dior que je prenais les cars rapides pour rejoindre l’université, dans ce Dakar vivant, bruyant, parfois difficile mais profondément formateur.
Les Parcelles, c’est également ma première maison, les premiers cris de mes enfants, les premiers repères d’une vie adulte qui se construisait pas à pas.
Les Parcelles, c’est surtout des visages. C’est ma très chère Gogo, mon défunt oncle.
Deux présences bienveillantes qui m’ont accompagné, soutenu et protégé tout au long de mon parcours universitaire.
Leur affection a été une force silencieuse mais essentielle.
Aujourd’hui encore, quand je pense aux Parcelles Assainies, je pense à un repère qui ne s’effacera jamais.
Kourouck mon village
Kourouck est dans la Casamance, commune de Sindian, département de Bignona. Ses habitants m’ont baptisé Thierno Bocoum Sané. J’aime ce village de la verte Casamance qui enseigne l’humilité, la bravoure, l’amour de l’autre. Kourouck est mon village. Je le porte dans mon cœur.
Touba ma boussole
Touba m’accueille plusieurs fois tous les ans. Talibé mouride convaincu, j’aime cette ville de tout mon être. J’admire ce qu’elle symbolise en terme de piété, de discipline, de travail. J’ai découvert touba à travers mon défunt père, talibé de Serigne Touba. Touba nous inspire, Touba nous guide.
Tivaouone, la ville sainte
Tivaouone, la ville sainte m’a accueilli. Je fais partie de ces enfants qui ont eu la chance de prier tous les vendredi avec Serigne Abdou Aziz Sy Dabakh à la grande mosquée de Tivaouane pendant un an. J’ai aussi eu la chance de recueillir ses prières dans sa demeure à Diaksao. Tivaouane un haut lieu de l’Islam m’a beaucoup fasciné. Le Wasifa dans les mosquées raisonne encore dans mes oreilles et m’apaise le cœur. Tivaouone m’a fait découvrir Diassane, ce haut lieu de prière qui fait la fierté du Tidianisme.
Vélingara, la découverte
J’ai eu la chance de faire Vélingara (Kolda). J’étais à l’école des sœurs. Une expérience qui m’a permise de vivre pleinement le dialogue islamo-chrétien. Vélingara m’a fait découvrir d’autres facettes de notre culture et de nos traditions. Le Fouladou m’avait beaucoup appris.
Kébémer, le passage marquant
Kébémer (Louga) m’a aussi accueilli. C’est dans cette localité où j’ai eu l’entrée en sixième. À l’époque les noms des admis étaient inscrits dans le journal le soleil. C’était une fierté de voir son nom au soleil. Un journal que j’avais gardé longtemps. Kebemer, la ville du Président Wade m’a fait connaître M. Ndao qui fut mon proviseur et professeur au lycée Macodou Kangué Sall et plus tard notre chef de quartier à Mbour 3-Thiès. Un homme exceptionnel qui nous a quitté. Paix à son âme.
Kaffrine, cœur du doucoumane
C’est à Kaffrine où j’ai eu mon Bfem au CEM Ababacar Cobar Ndao. Le doucoumane m’a énormément appris des valeurs de travail et de fouleu. Kaffrine m’a fait découvrir une autre facette du Saloum profond.
Il n’est pas un seul département du Sénégal où je n’ai pas posé les pieds.
De Saint-Louis à Ziguinchor, du Djolof au Sine, de Tambacounda à Bakel, j’ai traversé, observé, écouté, appris.
Un parcours, une conviction, un engagement
De la même manière que j’ai parcouru plusieurs contrées, j’ai également exploré plusieurs disciplines.
Je suis avant tout un passionné du droit. Juriste de vocation, je suis né avec la conviction profonde que mon destin serait lié à cette discipline. Mon homonyme était avocat et dès l’enfance, on m’appelait déjà « Maître ». Après une maîtrise en droit, j’ai fréquenté des cabinets d’avocats en tant que juriste interne avant d’opérer un premier tournant.
J’aimais profondément cette discipline, même si l’exercice du métier, dans sa pratique, ne me comblait pas entièrement.
J’ai alors choisi d’embrasser la communication. Titulaire d’un Diplôme d’études supérieures en communication, j’ai enseigné et encadré de nombreux étudiants dans l’enseignement supérieur au Sénégal. J’ai également évolué dans des fonctions de consultant, mettant mon expertise au service de diverses missions et problématiques.
Puis est née une quête de synthèse : réconcilier le droit et la communication. Cette recherche m’a conduit vers la diplomatie, la stratégie et les relations internationales, avec à la clé un mastère, une posture de doctorant et une volonté constante d’élargir mes horizons intellectuels.
Enfin, mon amour du Sénégal m’a naturellement conduit vers l’engagement politique. J’y ai exercé plusieurs responsabilités : conseiller municipal, secrétaire élu de ville, député, président de commission… autant d’expériences qui ont renforcé ma conviction que l’action publique demeure l’un des leviers les plus puissants pour transformer durablement une société.
Un pays, mille visages, une seule nation
À chaque étape de ma vie, c’est le même pays qui se dévoile mais sous mille visages différents.
Un Sénégal riche de sa diversité ethnique, religieuse et culturelle.
Un Sénégal multiple mais profondément uni dans son humanité.
Quand je pense au Sénégal, je vois une grande famille.
Une famille de peuples qui doivent faire l’effort de se connaître davantage, de se comprendre mieux et de s’entraider plus.
La diversité est une richesse, une force, un héritage à préserver avec soin.
Chacun a quelque chose à apprendre de l’autre et chacun a aussi quelque chose à transmettre.
Dans cette complémentarité, se trouve peut-être notre plus grande chance.
Unis dans nos principes et dans nos valeurs, nous serons toujours plus forts pour affronter les défis qui se dressent devant notre jeune nation.
Et au fond, il ne reste qu’une certitude qui m’accompagne :
Alhamdoulilah ala kouli haal.
Thierno Bocoum