Comment Ousmane Sonko, qui a publiquement reconnu avoir disposé de 1,77 milliard de francs CFA par an au titre de ce qu’il appelle « des fonds politiques », peut-il encore prétendre incarner la référence morale en matière de lutte contre les détournements de deniers publics ?
Le plus troublant est que cette qualification de « fonds politiques » est venue de lui.
Les députés, pourtant seuls habilités à voter la loi de finances et à contrôler l’action du Gouvernement, n’ont découvert l’existence de ces prétendus « fonds politiques » que deux ans plus tard, parce qu’il a finalement décidé de les leur révéler lui-même.
Plus étonnant encore, l’ancienne porte-parole du Gouvernement a déclaré publiquement qu’elle-même n’avait pas connaissance de tels fonds.
Et c’est cet homme qui distribue aujourd’hui les certificats de probité, désigne les coupables et prononce les condamnations avant toute justice.
L’ironie est saisissante. Celui qui a bâti son discours sur l’exigence de contrôle des fonds politiques commence par reconnaître en avoir bénéficié avant même que le moindre mécanisme indépendant de contrôle ne soit institué.
Ce pays souffre d’une démagogie qui refuse la réciprocité. On exige des comptes de tous, sauf de soi-même. On réclame la transparence pour les autres mais le silence dès qu’il s’agit de ses propres actes. À force de répéter les mêmes slogans, certains finissent par croire que l’incohérence est devenue une vertu.
La bêtise insiste toujours. Lorsqu’elle se pare des habits de la vertu, elle cesse d’être une simple faiblesse intellectuelle pour devenir un véritable danger public.
Thierno Bocoum
Président AGIR-LES LEADERS