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Déconstruire l’illusion tout en construisant l’alternative : pourquoi nous nous opposons au système Pastef

17 juin 2026 thiernobocoum Pas de commentaire POLITIQUE

Comprenons-nous bien.

Notre opposition au système Pastef est avant tout une opposition idéologique à une méthode politique qui, à nos yeux, constitue l’un des plus grands dangers pour notre démocratie.

Cette opposition ne peut cependant être menée sans nommer celui qui en est l’inspirateur, l’interprète et le détenteur exclusif.

L’idéologie de Pastef paraît être un secret dont un seul homme détient la clé.

Elle ne se révèle ni à travers une doctrine clairement établie ni à travers des principes invariables. Ce qui était vrai hier peut devenir faux aujourd’hui. Ce qui était dénoncé avec virulence peut être adopté demain. Ce qui était présenté comme une question de principe peut soudainement devenir une simple question de contexte.

La singularité de ce système est que chaque nouvelle position est accueillie avec les mêmes applaudissements, même lorsqu’elle contredit la précédente.

Le militant n’est plus invité à défendre des convictions mais plutôt à défendre les évolutions successives d’une parole déjà donnée.

C’est précisément pour cette raison que notre combat politique ne peut contourner la personne qui incarne cette méthode. Lorsque toute la pensée d’un système se concentre sur les humeurs d’un seul individu, analyser le système sans analyser celui qui le définit revient à combattre l’ombre en épargnant sa source.

Les exemples sont nombreux.

Lorsque le même leader explique que l’équipe de France serait en réalité une équipe africaine parce qu’elle compte de nombreux joueurs d’origine africaine, il reprend, un raisonnement qui rejoint celui des courants identitaires les plus radicaux de l’extrême droite française qui soutient qu’un citoyen né en France, ayant choisi la France, chantant l’hymne français et prêt à défendre le maillot français ne serait jamais totalement français en raison de ses origines.

Cette vision porte préjudice à tous ceux qui assument pleinement leur nationalité et leur patrie.

Barack Obama n’a jamais cessé d’être américain parce que son père était kényan. Son élection à la présidence des États-Unis n’a d’ailleurs pas transformé la politique étrangère américaine en politique africaine. Il est resté le président des États-Unis et a défendu, tout au long de ses deux mandats, les intérêts stratégiques de son pays tels qu’il les concevait.

Être d’origine africaine ne retire rien à son identité américaine, pas plus qu’être d’origine africaine ne retire à un joueur de l’équipe de France sa qualité de Français lorsqu’il choisit librement de porter ce maillot et de représenter cette nation.

L’origine est un héritage. La nationalité est une appartenance. Le patriotisme est un choix.

Confondre ces trois réalités, c’est enfermer des millions d’individus dans leurs origines et leur refuser le droit de définir eux-mêmes la nation à laquelle ils appartiennent.

Vouloir justifier cette sortie par la

Volonté de mettre en avant l’excellence supposément liée aux origines africaines des joueurs est encore plus absurde. L’excellence n’a rien à voir avec les origines. Un grand footballeur est avant tout le produit d’un talent, d’un travail rigoureux, d’un encadrement de qualité et d’infrastructures performantes.

Si les origines africaines suffisaient à produire les meilleurs joueurs du monde, les sélections africaines remporteraient toutes les Coupes du monde.

Malheureusement, lorsque cela sert un discours politique de circonstance, ces évidences disparaissent.

Nous parlons du même leader qui a emprunté à l’extrême droite sa vision de la citoyenneté et qui a accueilli avec enthousiasme Jean-Luc Mélenchon au Sénégal, figure marquante de l’extrême gauche, lui offrant une tribune à partir de laquelle furent développées des positions favorables à la reconnaissance du mariage homosexuel.

Pendant des décennies, cette question était restée en dehors du débat public sénégalais. Même ceux qui s’y opposaient évitaient souvent d’en faire un sujet de confrontation idéologique importé de l’étranger.

Aujourd’hui encore, ceux qui prétendent défendre certaines valeurs traditionnelles refusent d’expliquer cette contradiction.

Nous parlons également du même leader qui dénonçait avec vigueur les fonds politiques, présentés comme le symbole d’une gouvernance opaque et moralement condamnable.

Ces fonds étaient décrits comme incompatibles avec les principes qu’il défendait.

Une fois le pouvoir acquis, les mêmes fonds sont devenus acceptables.

Mieux encore, ils sont désormais perçus comme parfaitement normaux lorsqu’ils bénéficient à ceux qui les dénonçaient hier.

Nous parlons du même leader qui a changé de position sur l’abrogation de l’amnistie, sur les appels à candidature pour les postes de direction, sur plusieurs mécanismes de gouvernance qu’il présentait naguère comme des symboles du système à abattre.

Nous parlons aussi d’un leader qui entretient des relations assumées avec le Parti communiste chinois et qui semble parfois davantage fasciné par les mécanismes de contrôle et de discipline de ce modèle que par les exigences du pluralisme démocratique sénégalais.

Nous parlons d’un leader qui a pu déclarer qu’accéder au pouvoir par les armes ou par les urnes revenait au même, l’essentiel étant selon lui le rapport avec le peuple.

Une affirmation extrêmement grave dans une démocratie puisque la différence entre les armes et les urnes constitue précisément le fondement de l’ordre républicain.

Lorsqu’un responsable politique brouille cette frontière, il banalise ce contre quoi notre démocratie s’est construite depuis l’indépendance.

À chaque fois, la même mécanique se répète.

Hier, une position est présentée comme un principe. Aujourd’hui, son contraire devient une nécessité. Demain, les militants sont mobilisés pour expliquer que la contradiction n’existe pas.

Quiconque ose rappeler les faits devient un ennemi.

Voilà pourquoi notre combat est aussi un travail de déconstruction car l’alternative programmatique existe déjà.

Pendant que nous déconstruirons les contradictions, les manipulations et les reniements érigés en méthode de gouvernance, nous continuerons à bâtir une offre politique crédible, cohérente et fondée sur des principes stables.

La déconstruction de l’illusion et la construction de l’alternative avanceront ensemble, jusqu’au jour où les Sénégalais pourront comparer, en toute lucidité, un projet fondé sur les circonstances à un projet fondé sur des convictions.

Thierno Bocoum

Président AGIR-LES LEADERS

NB: Aux répondeurs automatiques, prenez d’abord le temps de lire. Les commentaires seront ouverts ultérieurement. Nous espérons alors un débat constructif avec celles et ceux qui auront des arguments et des idées à partager, plutôt que des insultes à proférer.

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